Le temps, au cœur de cette collection, est une thématique qui m’anime depuis longtemps et qui occupe une place essentielle dans mon travail. Après l’avoir longuement interrogé dans mon mémoire de philosophie, j’ai ressenti le besoin de poursuivre cette réflexion autrement, par la peinture, là où les mots ne suffisaient plus.
Cette série, composée de six toiles, prolonge cette réflexion sous le prisme de l’amour.
Car le temps est précisément ce qui ne se retient pas, ce qui ne se maîtrise pas, dans un monde poussé vers l’hyperproductivité et l’hyperperformance. Les moments d’amour, par nature, ne peuvent qu’être vécus. À peine surgissent-ils qu’ils appartiennent déjà au passé. C’est cette fragilité que j’ai cherché à explorer dans cette collection, en abordant l’amour comme une succession d’instants suspendus, irréversibles, presque comme des îlots hors du monde et du temps.
Chaque toile tente de saisir un fragment de ces moments. La beauté de l’amour, la manière dont il s’inscrit dans le temps, mais aussi sa douleur silencieuse, sa douceur, sa tendresse et sa nostalgie.
Le titre de la collection, Le Temps d’aimer, est tiré d’un vers d’une chanson de Charles Aznavour que j’affectionne particulièrement, Le Temps : "Le temps passé, celui qui va naître, le temps d’aimer, et de disparaître."
À l’aube du crépuscule
La première toile, À l’aube du crépuscule, évoque un commencement, mais un commencement qui intervient déjà après quelque chose. Dans un champ de coquelicots, une femme se tient immobile, paisible. Elle semble pensive, comme habitée par une douleur ou un souvenir. On ne sait pas précisément ce qu’elle ressent. Est-ce du regret, de la nostalgie, un soulagement, ou un mélange de tout cela ?
Cette œuvre vient ouvrir la collection comme une note inaugurale, douce, mélancolique et vibrante. Elle en annonce le ton. Une lumière fragile, empreinte de nostalgie. C’est une peinture de l’attente et du silence, mais aussi de cet instant fugace où l’on se sent en harmonie avec le monde, dans la paix, dans la sérénité, dans la douceur, juste avant que celui-ci ne recommence à tourner.
Le Temps d’un amour
La seconde toile, Le Temps d’un amour, représente l’amour dans sa forme la plus pure. L’euphorie et la joie des débuts, la tendresse, la douceur, et l’illusion qu’il sera un long fleuve tranquille, dépourvu d’obstacles.
Deux amants voguent au cœur d’une forêt dorée, emportés par le courant de leur amour. La scène évoque ces instants suspendus, ces îlots hors du temps que l’on souhaiterait éternels, comme si, l’espace d’un instant, le monde entier s’effaçait autour de nous. Comme si rien d’autre n’avait d’importance que la présence de l’être aimé, comme si le monde cessait, un instant, d’exister autour de nous.
C’est ce monde parallèle, accessible aux seuls amants, que j’ai tenté de dépeindre sur la toile. Alors ils sont seuls sur cette barque, et rien d’autre n’existe. Ils dérivent doucement vers un horizon infini. Pourquoi Le Temps d’un amour ? Parce que précisément le tableau parle de ce temps-là, un temps qui ne se compte pas, qui ne se retient pas, et qui, pourtant, contient tout.
Such a Lovely Bride
La toile suivante est beaucoup plus amère. Elle nous ramène à la réalité. Une mariée, alors qu’elle est si belle, ne semble pas éprouver la joie que l’amour promet, surtout en ce jour si spécial. Elle se tient un instant à l’écart des festivités, seule, sous un lampadaire, au pied d’un escalier. La seule chose dont on peut être sûr est qu’elle attend. Est-ce avant ? Est-ce après ? Peu importe.
Ce qu’elle ressent ? Ce n’est pas forcément de la tristesse, est-ce un doute, un éclair de lucidité, un léger regret ou autre chose encore ?
Ce tableau parle de désillusion. J’ai peint une mariée, mais ce sentiment ne lui appartient pas exclusivement. C’est ce moment étrange où tout devrait aller bien : on est entouré, il fait beau, on rit, on a ce que l’on a toujours désiré, ou ce que l’on pensait désirer. Et pourtant, quelque chose fait défaut.
C’est ce décalage entre ce que l’on ressent et ce que l’on devrait ressentir que j’ai voulu représenter. Cette femme ne correspond pas à ce que l’on attendait d’elle, et peut-être pire encore, à ce qu’elle espérait d’elle-même. Cette « si belle mariée » ne se sent pas si belle en ce jour.
Le Temps passé
Dans la toile suivante, nous retrouvons notre couple qui dérivait autrefois sur une barque. Désormais, ils sont assis côte à côte, enlacés sur un banc, toujours suspendus dans cet instant hors du temps.
Qu’y a-t-il de différent ? Cette petite silhouette qui joue près du lac : leur petit-enfant, à la fois symbole d’un amour qui a su s’inscrire dans le temps, mais aussi se transmettre, jusqu’aux enfants de leurs enfants.
De la barque, image des débuts tendres et fragiles, jusqu’à ce banc, empreint de sérénité et de maturité, le chemin tracé devant eux raconte ce qu’ils ont traversé ensemble, les joies comme les épreuves, pour arriver exactement là où ils en sont, et tout ce qu’il leur reste encore à parcourir.
La palette reprend celle du premier tableau, mais dans des teintes plus profondes, plus mûres, comme si les couleurs elles-mêmes avaient traversé les années. Ici, le temps n’efface rien. Il amplifie, il enrichit, il fait durer. Le Temps passé évoque à la fois le souvenir et le passage même du temps. Le temps qui retient, le temps qui emporte, le temps qui guérit. Et si le soleil semble se coucher, il éclaire toujours leur amour, qui survivra longtemps après eux.
Après toi
La toile Après toi vient clore la collection.
C’est un tableau de l’absence. Du moment juste après l’amour, et de ce qu’il laisse derrière lui. Personne n’est présent, et pourtant une présence se fait sentir. Lourde dans son silence et sa solennité : celle de ceux qui étaient encore là quelques instants plus tôt. Le lieu est comme hanté par le souvenir.
Je n’ai pas voulu peindre la dispute ni la séparation, mais le vide laissé. Un vide habité, où les objets parlent plus que les visages, et où le lieu devient l’unique garant de la mémoire de ce qui vient de s’éteindre.
Souvenir
Ces cinq œuvres constituent le cœur de la collection Le Temps d’aimer. Une toile s’y ajoute comme un prolongement. Un simple bouquet, composé de lys, de roses, de renoncules, de pivoines et de tulipes. Mes fleurs préférées.
Rien d’extraordinaire en apparence. Et pourtant, c’est souvent dans ces gestes minuscules que l’amour laisse sa plus belle empreinte. Cette toile capte la douceur fragile de ce qui a existé, de ce que l’on tente de retenir, même lorsque l’on sait que cela ne peut durer, comme ces fleurs destinées à faner.
Elle vient rejoindre la collection comme un « après ». Chaque œuvre tente de saisir un moment différent de l’amour. Ici, il ne s’agit ni de l’attente, ni d’une rencontre, ni d’un doute, ni d’une rupture, mais de ce qui persiste après : le souvenir. Celui qui, à tout moment, au détour d’une voix, d’un sourire, d’un parfum, d’une couleur, peut ressurgir et nous ramener brusquement à ce qui a été.
Le bouquet devient alors l’incarnation du souvenir, de l’évanescence de l’amour et des marques discrètes que l’on garde malgré soi. Il rend hommage à ce qui a compté, même lorsque ces choses ne peuvent plus exister autrement qu’en nous.
Ensemble, ce corpus d’œuvres vient raconter mon rapport au temps et à l’amour. Mes doutes, mes rêves et mes espoirs. Chaque toile porte une part de moi que j’espère voir résonner en vous.






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